Femmes et Environnement


Citoyennes, consommatrices, professionnelles, comment les femmes contribuent-elles à l’environnement et au développement durable?” Débat organisé par Anne Frisch (H.87) et discussion animée par Dominique Bomstein, rédactrice en chef d’Environnement Magazine magazine réservé aux professionnels.

 

Alice de Bauer : directeur de la politique environnement de Renault
Michèle Pappalardo : présidente de l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’énergie)
Michèle Rivasi : fondatrice de la Crii-rad (Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité crée en 1986) ancienne Directrice Générale de Greenpeace France
Michel Ladet : Directeur associe de RISC International, institut de recherche socioculturelle

Le développement durable : un développement qui satisfait nos besoins sans compromettre, pour les générations futures, la satisfaction de leurs propres besoins.
30% des richesses naturelles ont disparu en 25 ans et un sixième de la population mondiale vit dans la pauvreté

Pourquoi et comment se sont-elles investies dans le développement durable ?

Michèle Pappalardo a accepté le poste de directeur de cabinet de Michel Barnier de 1993-1995 par choix et par opportunité

Michèle Rivasi, suite a l’accident de Tchernobyl et aux mensonges sur la dispersion du nuage radioactif, a décidé de s’engager pour l’environnement et surtout pour informer le grand public sur les risques environnementaux

Alice de Bauer, démarrage dans l’automobile en 1977. Suite à sa volonté de concilier automobile et environnement, elle demande en 1994 la création d’un poste de directeur de la politique environnementale chez Renault. Le projet initial était la mise en place d’un management environnemental dans les différents services de la marque.

Qu'ont-elles fait pour le développement durable?

Michèle Pappalardo : sensibiliser les collectivités locales aux problèmes de développement durable, ce qui abouti à un changement des mentalités notamment à une préoccupation grandissante pour les risques de changements climatiques. Ceci a permis de faire bouger les mentalités des collectivités et de faire avancer les entreprises et les administrations locales sur ces problèmes alors même que l’électeur ne verra pas les résultats durant le mandat.

Michèle Rivasi : à l’époque de Tchernobyl, toutes les informations communiquées à la population étaient contrôlées par le gouvernement. La Crii-rad est née d’une volonté de développer une expertise indépendante, avec des scientifiques vérifiant les informations diffusées par l’état. Depuis plusieurs organismes indépendants ont vu le jour et les collectivités locales ont été sensibilisées à ce besoin de données indépendantes.

Alice de Bauer, au moment du rachat par Renault de l’usine de Dacia en Roumanie, il fallait rénover l’usine vieille de 40 ans. Elle a donc demandé un audit environnemental de l’usine, sachant qu’il fallait moderniser l’usine et non pas la détruire pour tout reconstruire. La rénovation de l’usine prenant en compte le développement durable s’est faite grâce aux réseaux internes à l’entreprise mais aussi des réseaux de locaux, notamment des réseaux de femmes qui outre le fait qu’elles sont plus naturellement intéressées par les problèmes d’environnement, ont vu là l’occasion de quitter les postes très durs qu’elle occupaient habituellement pour évoluer dans la nouvelle usine.

Quelle est la valeur ajoutée des femmes dans le développement durable?

Alice de Bauer : la ténacité des femmes est très importante. Pour l’environnement surtout dans l’entreprise, le fonctionnement est très ‘bottom up’, il est plus facile d’expliquer l’écologie aux métiers que tous les métiers aux écologistes. Il faut donc favoriser le management en réseau ce qui permet de trouver des solutions adaptées et adaptables aux différents métiers, et de favoriser l’implantation de ces solutions.

Michèle Rivasi et Alice de Bauer : Les avantages des femmes :
- elles sont capables de pousser les gens à partager entre eux et comprendre les autres plutôt que de protéger leur domaine d’expertise sans s’intéresser à ceux des autres
- elles sont capables de parler et d’écouter en restant fermes sur leur position, ce qui est très important pour le développement durable
Les femmes ont dû développer certaines capacités pour gérer à la fois leur carrière et leur vie de famille qui se révèlent utiles dans la vie active et notamment dans les métiers qui touchent au développement durable :
- Les femmes sont habituées à gérer différents problèmes en même temps ce qui leur permet de s’adapter aux problèmes complexes auxquelles elles doivent faire face dans les entreprises dont les enjeux sont de plus en plus complexes et transverses.
- Les femmes sont habituées à devoir négocier ce qui leur donne une vision de partenariat plutôt qu’un rapport de force avec leur entourage.
- Les femmes sont plus sensibles à l’urgence de la situation qui concerne directement le bien être de leurs enfants. Il y a maintenant une réelle urgence écologique à laquelle elles sont plus sensibilisées.

Michèle Pappalardo : des sondages auprès des parlementaires hommes et femmes montrent que les femmes sont plus proches de l’opinion nationale sur les questions écologiques que les hommes parlementaires (ex : 40% des hommes parlementaires pensent que l’avancée des techniques vont solutionner les problèmes écologiques contre 18% des femmes parlementaires et 12% de la population nationale), mais elles restent minoritaires aussi bien au niveau du ministère de l’environnement qu’au sein de l’Ademe.

Présentation de Michel Ladet sur les femmes et l’écologie

Les femmes ont du mal à tenir sur le long terme sur les sujets de l’écologie et du développement durable dans un monde actuel centré sur le court terme. On constate une baisse des valeurs éthiques et une baisse du désir de s’investir personnellement pour un bienfait collectif (notamment chez les femmes américaines), mais les femmes cadres européennes restent les plus mobilisées. Avec la montée du matérialisme et de l’individualisme, on note un besoin croissant de consommation et d’un logique consumériste au détriment des préoccupations environnementale. Un réel transfert des préoccupations d’effectue et s’adresser à la conscience collective devient difficile puisque les comportements sont recentrés sur l’individu.

La protection de la nature divise les nations : sur la question «je fais tout mon possible pour protéger l’environnement (ex : tri des déchets…) » le nombre de personnes d’accord varie fortement entre les pays :
USA : 35%
UK : 38%
France : 62%
Allemagne: 75%
Cadres européens: 58%

Par contre la protection de la vie humaine s’affirme comme une nouvelle éthique universel avec des comportements éthiques tels que le commerce équitable qui se développent de manière homogène entre les différentes pays (environ 2/3 de femmes sont d’accord). Les femmes cadres sont à l’avant-garde de la nouvelle éthique, mais les hommes se mobilisent plus qu’avant même si cela reste inférieur aux femmes. Ce qui semble entre autre poser un problème dans notre société très consumériste sont les mots développement durable. Dans un monde où rien ne dure, le mot durable mobilise difficilement. 5% de femmes ont un mode de vis écologique « complet ».

L’avenir du développement durable – Conclusions

Les femmes ont une réelle valeur ajoutée dans le domaine du développement durable, mais elles ont aussi un rôle très important qui est celui de mobiliser et de former les jeunes générations pour qu’elles apprennent les bons gestes

Il y a un besoin urgent de montrer l’exemple au niveau des collectivités locales mais aussi des institutions (Ademe entre autres) afin que les gens sentent que l’effort est partagé car les gens ne veulent pas faire les efforts seuls. Il faut que chaque individu se rende compte qu’il peut agir et faire une réelle différence.

Anne Frisch (H.87)

[ Retour ]