Invité du 11 février 2009
Eric Woerth (H.81), ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction public
“La priorité est l’investissement et le soutien aux entreprises.”
Les mesures de relance du gouvernement sont-elles à la hauteur de la crise que nous traversons ?
Oui. En France, la consommation des ménages tient bon car nous avons un système social beaucoup plus protecteur qu’au Royaume-Uni et aux États-Unis. C’est pourquoi la priorité va à l’investissement et au soutien aux entreprises. Mais il est nécessaire de soutenir ceux qui perdent leur emploi ainsi que les ménages aux revenus modestes, au sein de la classe moyenne. Je me réjouis de la suppression des deux prochains tiers provisionnels dont vont bénéficier quatre millions de foyers fiscaux. Cette mesure, qui va coûter 1,1 milliard d’euros, est préférable à la suppression de la première tranche d’imposition, qui a été envisagée, car elle est transitoire et ne grèvera plus nos finances publiques une fois la crise terminée.
L’aggravation de notre déficit public est-elle préoccupante ?
Elle est inévitable car le recul de l’activité a des effets mécaniques sur les rentrées fiscales. Un point de croissance en moins, c’est un demi-point de déficit public en plus. Pour l’heure, nous l’estimons à 4,4 % du PIB. Mais ce sera certainement plus, vu le recul du PIB au quatrième trimestre 2008 (- 1,2 %). Nous ne sommes pas les seuls : le Royaume-Uni accuse un déficit très supérieur et l’Allemagne nous rattrape. Cela devrait d’ailleurs nous pousser à plus coordonner les politiques en Europe. On en est loin : la France a déjà beaucoup de mal à convaincre ses partenaires d’organiser un sommet des chefs d’État de la zone euro…
Quand peut-on espérer un retour à l’équilibre ?
Difficile à dire car la durée de la crise est incertaine. Mais le plus important, ce n’est pas de savoir quel sera le montant du déficit public mais à quoi il est dû, à une baisse des recettes liée à la crise ou à un dérapage des charges courantes. L’État doit tenir ses dépenses courantes tout en offrant une visibilité aux ministères. Grâce au budget pluriannuel que nous avons créé, ils connaissent leurs crédits pour les trois prochaines années. C’est un progrès considérable.
Certains experts préconisent d’accroître les exonérations de charges sur les salaires. Est-ce une bonne idée ?
Il faut faire attention car nous sommes déjà au taquet. Jusqu’à 1,6 Smic, les exonérations sont massives : elles atteignent au total 30 milliards d’euros dont 10 milliards imputables aux 35 heures. Et en face des cotisations, n’oublions pas qu’il y a des prestations, l’assurance maladie et les retraites, dont les régimes accusent un déficit chronique. Je crois qu’il ne faut plus accroître ces allègements, notamment pour les cotisations retraite.
On vous accuse d’avoir mis le feu aux universités en exigeant 700 suppressions de postes en pleine réforme du statut des enseignants-chercheurs…
Pour moderniser l’action publique, les mesures sont toujours difficiles à mettre en œuvre. Ce n’est jamais le bon moment ! Alors que pour engager de nouvelles dépenses, on est toujours d’accord. Il est nécessaire de continuer à réduire le nombre trop élevé de fonctionnaires – cinq millions au total dont deux millions et demi pour l’État. Je rappelle qu’en 20 ans, nous avons créé un million de postes supplémentaires.