Invité du 07 juillet 2009
Frédéric Oudéa, président direceur général de la Société Générale
“La Société Générale résiste bien à la crise ”
Désormais seul patron de la Société Générale, Frédéric Oudéa se sent pleinement rassuré sur
la performance et la taille de sa banque, même si les résultats financiers ne le montrent pas
encore.
Le résultat net du deuxième trimestre n’est que “légèrement bénéficiaire”. Faut-il s’en
inquiéter ?
Il s’élève à 309 millions d’euros. Ce résultat est positif, bien qu’il intègre des impacts purement comptables négatifs de 1,3 milliard. Nous faisons partie des établissements qui résistent bien à la crise, alors que bon nombre d’institutions ont disparu ou sont en recomposition. La Banque de financement et d’investissement (BFI) a des perspectives favorables, notamment de par la disparition de grands concurrents. Nous avons ainsi intégré le Top-2 des émissions obligataires corporate en euros, avec Deutsche Bank. Les activités de BFI seront toutefois moins profitables qu’avant car nous avons engagé une réduction des risques des opérations pour compte propre.
Vous avez justement annoncé à votre AG un retour vers une rentabilité plus faible, autour de 15 %. Dans le passé, la forte rentabilité de la Société Générale a pourtant été garante de son indépendance : comment ne pas, à terme, être affaibli ?
Comme la crise l’a démontré, la taille n’est pas le seul sujet. Les autorités de régulation se demandent aujourd’hui s’il est bien raisonnable de créer de grands conglomérats bancaires présentant un risque systémique majeur. En termes de gouvernance et de pilotage, il faut veiller à l’équilibre entre taille et complexité.
Mais vous rapprochez votre activité d’asset management de celle du Crédit Agricole. Irez-vous plus loin avec cette banque ?
Non. Dans le cadre de notre modèle de banque universelle, nous avons une approche globale et par ligne de métier. C’est dans ce cadre que nous avons envisagé le partenariat avec le Crédit Agricole. Quand je vois que l’américain BlackRock a acquis BGI, la division de gestions d’actifs de Barclays, et
va donc gérer 2700 milliards de dollars, je me dis que c’est vraiment un métier où il faut avoir une taille critique.
Les banques anglo-saxonnes renouent avec des distributions de bonus très élevés. Est-ce choquant ?
Dans les activités de BFI, la part variable fait partie de la rémunération. Toutefois, la Société Générale a révisé les structures de rémunération depuis le début de la crise en différant notamment dans le temps le paiement de cette part variable.
Vous êtes maintenant numéro un alors que vous étiez jusqu’à présent directeur général. Qu’estce que cela change pour vous ?
Une plus lourde responsabilité, même si mon job reste pour l’essentiel opérationnel. Je préside le conseil d’administration en charge d’assurer la définition de la stratégie et la fonction de contrôle. Mais je n’ai rien changé à ma vie, ni à mes habitudes professionnelles et personnelles.
L’opinion publique a-t-elle été trop dure avec Daniel Bouton, votre prédécesseur ?
Bien sûr. On a oublié un peu vite ce qu’il a fait du groupe en 10 ans : un leader bancaire en Europe, avec des positions de leader mondial sur certaines activités. Daniel Bouton a pris ses responsabilités quand il le fallait.