Invité du 08 avril 2009
Pierre-Henri Gourgeon, président directeur général d'Air France-KLM
"Air France n'a peut-être pas atteint le point bas "
Challenges. Le trafic passagers d'Air France a baissé de 9,4% en mars, le cargo est en chute libre. C'est du jamais-vu ?
Pierre-Henri Gourgeon . Même après les attentats du 11 septembre 2001, nous n'avions pas connu pire situation. Au bout de quelques semaines, le trafic s'était vite rétabli. Depuis décembre, nous subissons une érosion constante, comme la plupart des compagnies. Et nous ne sommes pas certains d'avoir atteint le point le plus bas...
Comment redresser la barre ?
Dès janvier, nous avons pris des mesures. L'offre Air France pour cet été baisse de 3,4% par rapport à l'été 2008. Des fréquences ont été diminuées, des liaisons suspendues. Et nous comptons beaucoup sur notre nouvelle classe Premium Voyageur qui sera introduite sur les vols long-courriers à partir de cet automne. Pour un tarif très compétitif (à partir de 1 038 euros l'aller-retour Paris-New York), le passager bénéficiera d'un grand confort.
Vos salariés ont-ils du souci à se faire ?
Pour l'heure, nous nous en tenons à des mesures temporaires. Nous leur avons demandé de prendre des congés, des RTT, etc. Les embauches sont bloquées. Bien sûr, la situation très difficile, particulièrement dans le cargo - avec un trafic en diminution de 25% -, justifierait que l'on recoure à des mesures socialement plus rudes. Mais, dans une entreprise de services comme la nôtre, où la moitié des salariés est en contact avec la clientèle, la motivation est fondamentale. Devant l'incertitude sur l'évolution du trafic dans les prochains mois, il faut à tout prix éviter les décisions définitives.
La perte pour 2008-2009 devrait être d'environ 200 millions d'euros, alors que le résultat était encore positif fin décembre. Les mesures prises sont-elles suffisantes ?
Mais la crise s'est aggravée au premier trimestre ! Nous ne sommes pas restés inactifs : nous avons décalé des investissements, renforcé nos plans d'économies, accéléré les synergies entre Air France et KLM : programmes des vols, prix, représentation commerciale sont communs, bientôt les programmes informatiques. Air France a une situation financière saine, qui devrait lui permettre d'affronter l'avenir.
Avec une offre réduite, est-ce le moment de faire entrer dans votre flotte l'A 380 ?
Cet avion de 550 sièges nous sera très utile : en temps de crise, il offre des coûts de production plus faibles. Sur Paris- New York, où il sera mis en service en octobre, il remplacera à la fois un A 340 et un B777-200. Cela représente une économie de près de 20% en coût unitaire. En outre, sa capacité de soute, beaucoup plus faible que celle offerte par les deux avions qu'il remplace, est bienvenue aujourd'hui. Pour le passager, l'A 380 a l'avantage d'être plus silencieux, donc plus confortable.
Un A 380 vaut environ 250 millions d'euros, la capitalisation boursière d'Air France (2,5 milliards) équivaut à dix A 380. N'y a-t-il pas là une incohérence ?
Sans nul doute. La flotte d'Air France compte 600 avions...