Invité du 16 septembre 2009
Geoffroy Roux de Bézieux, PDG de Virgin Mobile et président de l’Unédic
“Candidat au Medef ? J’ai quelques idées à défendre.”
Vous réfléchissez à une candidature pour la quatrième licence mobile. Comment réagissez-vous aux propos de Nicolas Sarkozy qui s’est dit “très réservé” sur le sujet ?
J’en suis très surpris. L’appel d’offres a été lancé par le gouvernement, et il y a encore manifestement un jeu d’influences. La France n’est pas toujours à l’aise avec la notion de concurrence, et c’est souvent le dernier arrivé sur le marché – en l’occurrence Bouygues – qui est le plus acharné à refermer la porte derrière lui. En bon libéral, je pense qu’il faut ouvrir le marché pour que le cycle vertueux de l’investissement, l’innovation, la baisse des prix se mette en place. Cela étant dit, il n’y a peut-être pas de place pour un quatrième opérateur. Dans ce cas, il fermera ou il sera vendu, comme cela s’est passé avec le marché de l’ADSL, où l’on est tombé de dix à trois acteurs en cinq ans.
Avec 1,2 million de clients, Virgin Mobile est toujours dans le rouge. À quand la rentabilité ?
Pour devenir profitable, il nous suffirait de ralentir la croissance et donc les coûts d’acquisition de clients. Ce n’est pas notre stratégie, car il faut de 2 à 2,5 millions de clients pour atteindre une taille viable. N’oublions pas que les barrières à l’entrée sont très élevées pour nous, les alternatifs : 85 % des abonnés sont emprisonnés dans des contrats de deux ans, et plus de 50 % des recrutements de clients passent par les boutiques des opérateurs.
Comment se passe votre expérience de président de l’Unédic ?
J’étais arrivé sabre au clair en pensant que cogestion voulait dire mauvaise gestion. Après 16 mois, mon jugement est plus nuancé. Le paritarisme patronat et syndicats a le mérite de décharger l’État de la gestion de l’assurance chômage, alors qu’en France l’État jacobin et centralisateur se mêle déjà de tout. Et c’est très utile aux syndicats de se retrouver aux manettes et de devoir gérer !
L’Unédic a prévu qu’il y aurait 640 000 chômeurs de plus en 2009, maintenez-vous ce chiffre ?
Quand on a annoncé ce chiffre en mai, l’Unédic s’est fait brocarder comme étant “irréalistement” optimiste. Maintenant, l’économie repart et on pourrait peut-être même réviser ce chiffre à la baisse. Le choc de la crise a surtout touché les jeunes, en CDD ou intérimaires non renouvelés. Ce sont des plans sociaux silencieux.
Vous présenterez-vous à la présidence du Medef l’an prochain ?
Le poste n’a rien d’une sinécure. D’abord, c’est une ascèse, puisque c’est un poste bénévole à temps plein. Et puis il est très exposé : le patron des patrons déchaîne les animosités. Mais pourquoi pas un jour ? Je pense avoir quelques idées à défendre. Il est plus facile d’aller à Genève pour se retirer au bord du lac, mais, si je suis là, au lieu de râler sur les problèmes depuis la touche, autant rentrer sur le terrain et agir pour changer le cours du jeu. Pour autant, j’ai longtemps cru qu’on pouvait changer l’image des chefs d’entreprise en communiquant mieux, mais c’est en fait bien plus complexe.
Pourquoi le Medef refuse-t-il un encadrement réglementaire des rémunérations ?
La cupidité ne sera pas arrêtée par la loi. Ce serait une réponse démagogique et inefficace à une colère légitime contre les exagérations.