La Face Nord d'Eric Woerth
Les montagnes ne font pas peur à Eric Woerth, alpiniste de passion et ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique. En fait de montagne, celle de la réforme de l’Etat et de la maîtrise des dépenses publiques n’est pas la moins abrupte ! Elle tient même en France du sport extrême depuis plusieurs décennies : il faut remonter 35 ans en arrière pour trouver le dernier exercice budgétaire en équilibre, l’altimètre des dépenses publiques est calé à plus de 50 % du PIB depuis plus de 15 ans, soit 10 points de plus qu’en Allemagne et 20 points de plus qu’aux Etats Unis…
Plutôt taiseux comme on l’est en montagne, Woerth a entrepris l’ascension, armé d’un piolet nommé “RGPP”, la Revue générale des politiques publiques dont l’objectif est de réaliser 7,7 milliards d’euros d’économie d’ici 2011, notamment en ne remplaçant qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.
Il a déjà réussi à passer un col périlleux, sur lequel tous ses prédécesseurs avait dévissé et qui avait même provoqué la chute de l’un d’entre eux, le socialiste Christian Sauter : la réorganisation de l’administration de Bercy. Eric Woerth a franchi la paroi et réussi à fondre les deux mastodontes des directions des impôts et de la comptabilité publique dans une même cordée baptisée direction générale des finances publiques.
Plus généralement, le premier bilan de la RGPP, établi en décembre dernier, montrait que 70 % des mesures décidées étaient bien avancées et que la courbe des dépenses de l’Etat commençait à s’infléchir, même si au total les dépenses publiques ne faisaient que se stabiliser du fait de la hausse en parallèle des dépenses sociales et locales. Bref, la possibilité de planter son drapeau au sommet de ce massif inviolé pouvait sembler à la portée d’Eric Woerth.
Patatras, tempête sur la face Nord, voilà que l’éboulement de la crise vient resserrer encore les étroits canyons dans lesquels la réforme tentait de se faufiler. En France comme ailleurs, l’Etat doit engager d’indispensables mesures de relance, planter des pitons en faveur des secteurs les plus en difficulté, lancer les cordes de rappel de dépenses sociales supplémentaires.
Même avec les prévisions françaises, très optimistes par rapport à celles du FMI ou de l’Union européenne, l’objectif du retour à l’équilibre budgétaire est nécessairement repoussé à 2014 au lieu de 2012 comme cela avait été promis par le candidat Sarkozy.
Pourtant, ce séisme n’a pas fait retomber la démarche jusqu’à la vallée : une dynamique de réforme et de discipline de gestion a été lancée, déterminante pour l’avenir. Woerth est confronté à un exercice stratégique qu’il connaît bien, lui qui fut longtemps consultant : l’allocation des ressources rares, ce qui signifie en l’occurrence d’orienter la dépense publique là où elle permettra à l’Etat de jouer son rôle non seulement de protecteur, mais aussi d’investisseur pour permettre à la France de se maintenir dans la course à la compétitivité.
Les alpinistes le savent : dans la difficulté, le salut se trouve parfois vers le haut et non dans la descente. C’est le cas aujourd’hui, en l’occurrence par le maintien de l’effort de réforme et de rationalisation des dépenses : souhaitons à Eric Woerth dans cette ascension toute la détermination nécessaire pour rester dans cette bonne voie.