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FrEDERIC OUDEA

l'édito de bain & co


Le médecin Oudéa


Alors qu’il rêvait d’être chirurgien comme son père, Frédéric Oudéa est en réalité comme dans la peau d’un urgentiste pour tirer d’affaire le corps malade de la Société Générale et ses 150 000 salariés.


Violemment affaiblie par l’infarctus de l’affaire Kerviel, l’hémorragie des subprimes, l’embolie de la crise financière, la pandémie de la récession, la Société Générale est au bord de la crise de nerf et a besoin d’un traitement de choc : stable en 2007 et 2008, le PNB a été frappé par un collapsus (- 13 %) au premier semestre 2009, le résultat net passant dans le rouge au même moment, notamment du fait de la déprime de la banque d’investissement, fortement touchée par le renchérissement du risque.


Courageusement et résolument, Frédéric Oudéa ose la médecine de choc. Il lui faut remettre en état de marche les organes moteurs vitaux. Depuis le choc de l’affaire Kerviel, qui a amputé l’état-major, il a fallu changer la gouvernance : alors directeur financier, Frédéric Oudéa est nommé directeur général délégué puis directeur général en mai 2008 lorsque ce poste est séparé de celui de président, puis PDG un an plus tard lorsque les deux fonctions sont de nouveau greffées à l’occasion du départ de Daniel Bouton. Il peut désormais travailler à renforcer son équipe de direction en y assurant une transfusion de sang neuf pour l’aider à remobiliser une entreprise momentanément anesthésiée par la série de coups durs et effacer les cicatrices.


L’objectif de son protocole thérapeutique est clair : que le malade ne sorte pas seulement guéri de la crise mais plus fringant encore qu’avant la poussée de fièvre. La vision de la médecine Oudéa sur le futur modèle de la Société Générale tient en trois grandes lignes stratégiques.


D’abord, muscler les défenses immunitaires en réduisant les risques et en améliorant l’efficacité opérationnelle.


Ensuite, garantir l’intégrité corporelle de son établissement dont il entend bien qu’il reste une banque universelle indépendante, en dopant en France et à l’international les activités de banque de détail, en recentrant la banque d’investissement sur les métiers pour compte de tiers, en renforçant l’orientation client, en réduisant les risques pour compte propre, et en restructurant les activités les plus affectées par la crise.


Enfin, oser procéder à des greffes en s’associant à de grands concurrents, comme avec la Banque Postale sur le crédit à la consommation et le Crédit Agricole sur la gestion d’actifs, l’un des business clés de la banque de La Défense.


Aujourd’hui, le malade est sorti du coma. Reste à Frédéric Oudéa à redonner bonne mine à la Société Générale pour restaurer la confiance écornée par les multiples accès de fièvre qui l’ont frappée.




Bernard Lequiller
Associé et membre du pôle de compétences Services Financiers
Bain & Company


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