Prévisions de vol avec turbulences
La météo a été cruelle lors du passage de Pierre-Henri Gourgeon du fauteuil de copilote de Jean-Cyril Spinetta à celui de directeur général d’Air France-KLM le 1er janvier dernier.
Un spectaculaire trou d’air donc, avec les premières pertes enregistrées par la compagnie depuis 2005 : moins 505 millions d’euros de résultat net au premier trimestre 2009. Et des orages annoncés avec les sombres perspectives de l’exercice 2009 pour le secteur.
À 62 ans, ce polytechnicien, pilote de chasse lui-même, a pourtant les heures de vol qui devraient lui permettre de tenir le cap dans les turbulences. Après 22 ans dans la fonction publique et les cabinets ministériels (dont trois comme directeur général de l’Aviation Civile), Pierre-Henri Gourgeon a depuis 1993 vécu de l’intérieur le redressement et le développement d’Air France qui a rattrapé son retard sur ses homologues européennes, Lufthansa et British Airways.
Les chantiers qu’il a dirigés avec doigté et fermeté ont été multiples : poursuite du redressement, accélération de l’alliance SkyTeam, chantier de la privatisation, acquisition de KLM, mise en place du double hub Roissy-Schipool. Et ils ont porté leurs fruits puisque Air France affiche, dix ans après la privatisation de 1999, de belles performances : c’est aujourd’hui la quatrième compagnie mondiale avec 75 millions de passagers transportés en 2008 et la première mondiale en chiffre d’affaires.
Avec le trou d’air du premier trimestre et la crise qui touche le secteur aérien, une révision des plans de vol s’impose. Le chiffre d’affaires mondial du secteur, qui croissait de près de 9 % par an, pourrait décrocher de plus de 10 % cette année et les nuages s’accumulent : baisse du trafic en volume et plus particulièrement sur la clientèle la plus rentable (la classe business), pression sur les prix, évasion vers le low cost… Le baromètre de la Bourse ne s’y est d’ailleurs pas trompé qui a vu l’action perdre plus de 80 % de sa valeur en moins de 18 mois.
Face à ces turbulences, le nouveau commandant de bord va devoir jouer sur de multiples manettes. D’abord retrouver des marges de manœuvre financières indispensables en serrant sérieusement la ceinture. Un plan supplémentaire de réduction de la voilure des coûts jusqu’à 2013 radicalise le programme “challenge 10” et joue sur les capacités, les emplois, les investissements, l’optimisation, le remplacement des avions les plus gourmands en kérosène, l’intégration des achats Air France et KLM, les coûts de distribution, les effectifs qui pourraient être réduits dès cette année.
L’objectif, c’est de se préparer pour être le mieux placé lors de la reprise. Pierre-Henri Gourgeon devra pour cela répondre aux questions stratégiques que constituent la gestion à moyen terme du coût du kérosène, l’évolution de la structure des trois grandes alliances qui contrôlent à elles seules 70 % du ciel mondial et faire face à l’envol de la concurrence du low cost qui attaque Air France sur son cœur de marché, les moyen-courriers, qui assurent 75 % du trafic passagers de la compagnie. Et aussi se mettre en marche pour profiter des opportunités de croissance externe qui ne manqueront pas d’accompagner la sortie de crise.