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MARTIN BOUYGUES

l'édito de bain & co


Martin Bouygues, Nemrod constructeur


Aussi peu mondain qu’on peut l’être et surtout Nemrod devant l’éternel (en particulier dans son vaste domaine solognot), Martin Bouygues ne compte plus ses trophées de chasse. Dernier fils de Francis, il est né en 1952, l’année où le patriarche créait ce qui allait devenir le groupe Bouygues dont Martin a pris la direction en 1989 après y avoir fait ses premières armes dès 1974.

Huitième fortune de France, PDG d’un groupe leader dans ses métiers et dont il a multiplié par quatre le chiffre d’affaires, Martin Bouygues est désormais un très gros gibier. Le résultat d’une stratégie où se mêlent la patience de l’affût pour consolider les bases du groupe et l’audace du tireur pour le diversifier.

Lorsque Martin en hérite, le groupe est un géant de la pierre et des ondes. Il le consolide, comme en témoigne le poids que pèsent encore en 2008 Colas et Bouygues, qui représentent 67 % du CA contre 56 % en 2003. Mais il tire les poils comme les plumes… en élargissant ses territoires de battues : renforcement des participations dans la construction, diversification dans la télévision. Puis par adjacences, avec la création de Bouygues Telecom. Enfin par une chasse au gros : la prise de participation (30 %) dans Alstom, qui élargit son champ de visée à l’énergie et aux transports. Et il ose même faire l’impasse sur ce qui lui semble être des miroirs aux alouettes, refusant par exemple
de concourir pour une attribution de licence
UMTS.

Solidement installé sur Bouygues Construction et Immobilier et Colas pour la construction et sur TF1 et Bouygues Telecom pour les télécoms et les médias, Martin Bouygues est ainsi à la tête d’un civet fort appétissant : en 2008 près de 33 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 140 000 salariés, un résultat net en progression de 22 % par an de 2005 à 2009, un leadership mondial avec Bouygues
Construction et français avec TF1. Un Groupe très français dont le capital est solidement verrouillé, implanté dans le monde entier, avec ces derniers mois encore des contrats majeurs à Anchorage (port), au Turkménistan (hôtel), en Afrique du Sud (liaison ferroviaire), à Singapour (tours)…

Malgré ce paysage général très favorable, les défis pour le groupe sont de taille. TF1 reste un solide leader mais la concurrence s’intensifie, la TNT notamment taille des croupières aux grandes antennes, les recettes publicitaires continuent à s’éroder et la part de marché de TF1 décline : force va être de serrer les coûts, accélérer la diversification, notamment sur le web. Les télécoms résistent à la crise, mais la concurrence y est sans merci, il va falloir maintenant accélérer le déploiement du réseau 3G et poursuivre le lancement d’offres nouvelles. Surtout, le bâtiment et la construction souffrent fortement : la chute de l’activité dans le BTP est estimée de 3 à 6 % en 2009, le repli du marché de la construction neuve est évalué entre 7 et 11 % la même année et aucun rebond n’est attendu avant le second semestre 2010. Martin Bouygues ne va donc avoir d’autre chemin que de faire évoluer l’offre de logements, trouver de nouveaux montages pour les bureaux, poursuivre les évolutions imposées par le Grenelle de l’Environnement en matière de développement durable, optimiser l’organisation pour préserver la structure financière…

Mais pour ne pas sortir bredouilles de la crise, Martin Bouygues et son groupe disposent de solides cartouches : une activité acquise importante, une gibecière garnie de commandes à long terme, des affûts bien campés sur des marchés moins touchés par la crise, notamment ceux de la production des matières premières, une structure financière solide… Bref, les armes sont là, ne reste qu’à ajuster le tir.

 

 




Bertrand Pointeau,
Associé,
membre du pôle de compétnces Industrie et Services
Bain & Company




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