Aux manettes de L’Oréal depuis avril 2006, Jean-Paul Agon, pur produit de la maison où il est entré en 1978 après HEC, pourrait donner l’impression qu’une carrière chez le leader mondial du cosmétique est un itinéraire sage et programmé.
Et pourtant, ses différentes fonctions n’ont jamais été aussi roses que les fards à joues maison. Envoyé comme directeur général de la filiale grecque en 1981, il apprend après coup que personne ne voulait de ce poste. Tenace, il s’accroche. Et réussit.
Plus tard, le voilà chargé de Biotherm. La marque est mal en point, à charge pour lui de la redresser. Comme il devra le faire en 1997 à la tête de l’Asie où L’Oréal accuse dix ans de retard face à ses puissants concurrents américains. En quatre ans, Agon en fera une zone profitable. De quoi, en récompense, être appelé comme PDG de la prestigieuse filiale américaine. Il y débarque, avec femme et enfants, huit jours avant les attentats du 11 septembre…
Il en faudrait plus pour le décourager. D’autant que c’est la voie royale : Owen-Jones ne l’avait-il pas dirigée avant d’accéder au poste suprême ?
Ceux qui craignaient de voir en Jean-Paul Agon, 53 ans, un parfait clone de son prédécesseur ont de quoi être déçus. S’il peut être tout aussi impatient et opiniâtre, il sait se montrer moins cassant, et même, à l’occasion, retrouver l’image de fêtard qui lui collait à l’époque de ses études, quand il portait les cheveux longs. Car le cinquième patron de L’Oréal – en un siècle – entend imposer son style et ses priorités au basculement du monde.
Le modèle économique qui a permis à Owen-Jones d’aligner des taux de croissance à deux chiffres pendant vingt-et-un ans, a pris quelques rides.
Désormais, Agon doit composer avec des ventes moroses en Europe de l’Ouest (- 3,9 % entre janvier et septembre) mais en forte croissance en Asie (+ 21,2 %), une concurrence accrue, une distribution en mutation.
Ses recettes : accélérer les innovations, de préférence plus accessibles comme le dernier soin de Lancôme “Génifique Activateur de jeunesse” (78 euros), introduire des produits d’entrée de gamme, se lancer sur de nouveaux segments (soins du corps, produits de coiffage…), développer des produits spécifiques à chacun des gros marchés géographiques.
S’ouvrir à un plus grand nombre de consommateurs et accélérer le développement à l’international : une stratégie gagnante en ces temps de crise qui a permis à l’Oréal d’avoir un chiffre d’affaires en croissance au troisième trimestre. A terme, d’ailleurs, l’international, hors Europe, représentera 90 % de l’activité. Une stratégie qui devrait permettre à L’Oréal – entreprise française – de rester le leader mondial de la cosmétique.