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Michel-Edouard leclerc

l'édito de bain & co

Il faut que ça change !

Cet homme-là aime le mouvement qui fait bouger les lignes. Comme si, une fois n’est pas coutume, l’esprit rebelle s’était transmis de père en fils, Michel-Edouard Leclerc, 54 ans, co-président du Groupe Leclerc, n’a guère à envier à Edouard, le fameux “épicier de Landerneau”, lui-même président.

Inaugurée en 1949, l’échoppe du Finistère est devenue le géant de la distribution que l’on sait :
73 000 salariés, 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 561 magasins, une croissance annuelle de 5% depuis 5 ans, la promesse de continuer à croître et à créer des emplois en 2006 quand l’inquiétude domine le secteur…

Fermez le ban ? Pas tout à fait car, si tout semble dit, rien ne l’est vraiment : la litanie des chiffres laisse de côté un esprit et une conviction, qui animent aujourd’hui Michel-Edouard. Le fruit sans doute d’un étrange itinéraire qui l’a vu passer par le petit séminaire de Viry-Chatillon et le PSU de Michel Rocard, par un doctorat de sciences économiques et un diplôme de philosophie et même par Que Choisir, le journal de défense des consommateurs.

L’esprit Leclerc, c’est la tête “à la bretonne”, le refus de se plier à l’ordre pour faire bouger les choses. Pionnier aussi bien des marques propres que de la suppression (dès 1996 !) des sacs jetables en plastique, les Leclerc se sont trouvés à l’avant-garde de tous les combats, contre le prix imposé de l’essence, contre Rungis, contre les monopoles en tout genre… Avec comme viatique l’idée que “il faut que ça change”. Mai 68 a d’ailleurs inspiré une tonitruante campagne publicitaire autour du slogan : “Il est interdit d’interdire de vendre moins cher”.

Voilà Leclerc fils comme père : ne pas avoir peur du changement, d’ouvrir de nouvelles frontières. C’est ainsi que fut inventé le concept très percutant d’indépendance dans l’interdépendance : des entrepreneurs autonomes qui gèrent leur propre hypermarché sous une enseigne commune en s’appuyant sur des structures collectives et en respectant des principes fondateurs : les prix bas bien sûr, mais aussi l’obligation de redistribuer aux salariés, de pratiquer la solidarité. Ces
principes portent en fait la conviction des Leclerc : le chef d’entreprise peut et doit agir sur la société.

Cette conviction qui se traduit en action irrigue l’étonnant “blog” de Michel-Edouard Leclerc, drôlement intitulé “De quoi je me M.E.L.”. De tout, justement, il se mêle de tout, avec un petit côté “militant dans le monde impitoyable de la grande distribution” qui lui fait citer Karl Marx ou s’approprier la devise du Maréchal de Lattre de Tassigny : “Refuser de subir”.

Refuser de subir, c’est d’ailleurs à son programme de l’année 2006, avec les changements engendrés par le passage de la loi Galland à la loi Dutreil qui permet de renégocier les contrats avec les fournisseurs. Ca sent la poudre ? Normal on est chez Leclerc !

Olivier Marchal
Directeur Général
Bain & Company


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