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RENCONTRE AVEC des hommes remarquables

compte rendu de la conference du 18 janvier 2007

La vie comme un tout : Complexité et légèreté

Compte-rendu de la Rencontre avec Edgar Morin.


La complexité ? Une banalité !
Tout est complexe… Précédemment, nous aurions éventuellement dit « ceci est compliqué ». Aujourd’hui, dès que nous sentons qu’il y a un tissu d’interactions entre processus, c’est complexe… Il en est ainsi des processus économiques, militaires, sociologiques, religieux, climatologiques…
Cependant, la définition est précise. Complexus, en latin, signifie « tissé ensemble ». Mais de quoi s’agit-il ?


Lorsque le chimpanzé explique la complexité à l’homme…
Dès notre plus jeune âge, nous apprenons à séparer les  domaines, les processus pour mieux les comprendre. La méthode expérimentale identifie un objet à étudier, l’extrait de son environnement naturel, lui fait subir un ensemble d’influences et de manipulations, pour mieux connaître les réactions qui lui sont propres.
Cette méthode a donné d’excellents résultats, en particulier en physique et en biologie cellulaire.
Cette méthode n’est pas concluante pour appréhender les phénomènes vivants, sociaux et humains. L’éthologie animale nous a permis de comprendre les comportements du singe le jour où nous avons cessé de le séparer de son milieu. Les comportements en cage ne sont pas représentatifs et nous ont induits, un temps, en erreur.


Paradoxes et vérités plurielles
L’étude de la complexité nous conduit à relier des notions qui se repoussent, au-delà de notre logique culturelle.
Par exemple, tout phénomène vivant lie autonomie et dépendance. C’est vrai au niveau de la cellule où le processus de régénération… est tuant ! Mais indispensable à la vie. On meurt à force de rajeunir.
C’est également vrai pour les humains qui dépendent de la culture pour gagner en autonomie. Notre autonomie croîtra avec nos dépendances à notre environnement et à sa culture.
Le contraire d’une vérité n’est pas une erreur (Pascal). C’est une autre vérité.
Lorsque l’on découpe la réalité, on  met en miette ce qui est fondamental et global. On ne relie pas. Or notre monde ne cesse d’être confronté à des problèmes globaux et fondamentaux.
L’économie est l’une des sciences les plus avancée en termes mathématiques et de formalisation. Pourquoi cette science si sophistiquée se trompe-t-elle si souvent dans ses calculs ? L’économie ne vit pas en vase clos. Elle dépend d’influences externes (politiques, sociologiques…). Les calculs ne peuvent saisir ce qui est humain (passion, colère, haine, désir…).
L’économie est une science très lucide d’un côté et aveugle de l’autre.


Sans cerveau, pas d'esprit.  Ou sans esprit, pas de cerveau ?
Pour comprendre l’humain, il faut aller chercher l’information dans les départements de biologie pour connaître le cerveau et le département de sciences humaines, pour connaître l’esprit. Autre paradoxe : ces deux départements ne communiquent pas non plus ensemble.
Ainsi, pour certains, l’esprit utilise le cerveau comme une antenne. D’autres réduisent l’esprit au fonctionnement du cerveau… Difficile de se comprendre !


Emergence et hologramme
Poursuivre la définition de la complexité nécessite d’intégrer aux liens entre phénomènes, une connotation particulière : un tout, composé de parties différentes, acquiert des qualités et des propriétés qui n’existent pas nécessairement dans les parties, prises isolément. C’est l’émergence.
La vie en est le meilleur exemple. La parfaite connaissance de la matière physico-chimique des molécules n’explique pas les propriétés inhérentes à la vie. Nous portons toute l’histoire de l’univers dans nos cellules et, dans le même temps, nous sommes autre chose que les noyaux d’hélium ou les atomes de carbone qui nous ont construits.
Conjointement, chaque cellule de notre organisme détient la totalité de notre patrimoine génétique. Le tout se trouve dans la partie et la partie est dans le tout. C’est le principe de hologramme.
Ce qui est vrai pour la cellule, l’est également pour la société. De par leurs activités et leurs interactions, les individus produisent la société. Et la société, avec sa culture et son langage, produit l’individu. Les effets sont nécessaires à la production des causes.


De la prose… à la poésie
In fine, notre identité humaine se décrit autant dans les sciences que dans la littérature avec ses subjectivités, ses intermittences et ses multiplicités… La prose dira les choses ; la poésie les exaltera. Où se situe la valeur et la qualité de la vie ?
Et si nous redevenons prosaïques, qu’est-ce qui est le plus important ? Comprendre en cloisonnant ou gagner en responsabilité en comprenant ?


Le sens par la complexité
Affronter les incertitudes redevient important y compris dans les matières scientifiques. Quand on lance une action dans un milieu, le milieu va la transformer, voire faire l’inverse. En histoire, l’improbable est souvent présent.
L’avenir obéit aux probabilités et la stratégie est donc probabiliste.

 


Pascale Sevault-Desnos



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