L'action militaire : de la nécessité à la légitimité
Compte-rendu de la Rencontre avec le Général d'Armée Jean-René Bachelet.
Etre militaire a-t-il un sens ?
Depuis la seconde partie du XXe siècle, nombreux sont ceux qui récusent la spécificité militaire. Or, en arrière plan de cette singulière profession, se profile une réalité –évacuée autant que possible de notre société- qui est tout simplement, la mort ; celle des soldats et celle que les soldats peuvent être conduits à donner. Étrange exercice qui rend ce métier rigoureusement spécifique et appelle un engagement hors du commun, tant d’un point de vue physique, qu’intellectuel et moral… Dans ce contexte, le sens est une évidence !
La guerre racontée par l’histoire
La guerre était sacrée dans le monde antique et, de fait, l’extrême barbarie en totale absence de culpabilité. Aujourd’hui, César serait condamné dans un tribunal international…
Au moment des grandes invasions, le monde civil se tourne vers la seule autorité qui reste : l’église. On commence alors à élaborer un corpus de droits, mouvement multiséculaire qui invente le terme de « guerre juste ». Ces prescriptions millénaires figurent toujours dans le droit des armées et sont profondément inscrites dans nos fondements de civilisation.
Paradoxes et régressions du XXe siècle, en occident
Laissons de côté les évidences paroxystiques du nazisme, bolchevisme… Intéressons-nous à l’occident d’aujourd’hui. Lui aussi s’est enfoncé dans des logiques de guerre totales et inexpiables. Dans le même temps, la conscience morale est de plus en plus explicite (conventions de Genève, La Haye, droits des conflits armés…). Alors, pourquoi ces violences récurrentes ?
La sacralisation de la guerre –vraie dans l’antiquité- est structurellement vraie aujourd’hui.
La guerre de 14 marque la 1ère régression, en combinant une croissance des pouvoirs de destruction liée à l’ère industrielle et un goût prononcé par certains pour les idéologies totalisantes. La somme des deux a changé la nature de la guerre. Le déni d’humanité est à nouveau pratiqué.
Au cours de la seconde guerre mondiale, il y a eu 20 % de morts sous uniforme et 80 % de morts civils. La nécessité d’Hiroshima fait encore débat aujourd’hui…
Alors, pourquoi ces violences récurrentes puisque nos valeurs semblent partagées et stables dans la durée?
La vision historique de l’action militaire présente des affrontements « armées contre armées » ou « nations contre nations ». Cette vision reste vraie jusqu’aux années 70. Puis, la donne change avec le contexte particulier de la guerre froide où l’engagement des armées devient virtuel. Il était fait pour le rester puisqu’il vivait à l’ombre de l’apocalypse nucléaire et de notre suicide collectif.
Ces dernières années, des organisations infras-étatiques, voire supras-étatiques, -sous forme de terrorisme, entre autres- interviennent dans le dispositif. On ne discerne plus très bien, le combattant du non-combattant. Comment, dans ces conditions, la question du sens, évolue-t-elle?
Quelque soit sa forme, la guerre redevient totale –on ne s’interdit rien sur les moyens- et inexpiables –il faut la destruction physique et juridique de l’adversaire-
Au-delà de ce qui change, il y a ce qui demeure…
La vie et la mort restent en jeu : la spécificité du métier d’armes demeure. La question du sens se pose donc avec cette même acuité particulière. Elle doit permettre la perception de la vraie nature de l’action militaire, en nos temps actuels.
Le mot Sens est double et incarne 2 acceptations :
Avec cette lecture, on comprend mieux pourquoi le mot Guerre devient illégitime à la suite des menaces paroxystiques du siècle dernier ; il devient Défense, un mot-valise plus acceptable au regard du système de valeurs en mouvement.
Pour autant, l’intervention des forces armées demeure nécessaire pour garantir les intérêts nationaux.
D’autre part, dans un monde très communicant, des notions autrefois domestiques, telle « l’assistance », prennent place dans le processus de décision. Le public devient auteur.
Pourquoi pas ? Mais il faut alors aller plus loin dans la définition de la légitimité. On ne peut, en effet, promouvoir le principe « du droit ou devoir d’ingérence » et maintenir un principe toujours en vigueur, celui « de non-intervention dans un état souverain ». Ces deux principes se tournent le dos.
Le sujet militaire : à peine un sujet de débat…
Le principe d’humanité est et demeure une valeur universelle. A contrario, la barbarie révulse. C’est vrai pour le civil comme pour le soldat. Si l’action militaire met la vie en jeu, c’est un déni d’humanité. Mais le monde est complexe et est souvent condamné à la moins pire des solutions. C’est bien cette double acceptation « nécessité-légitimité » qui sépare le monde militaire des non-violents et des pacifistes.
Cependant, on ne peut admettre, si la guerre est nécessaire, de confier cette tâche à quelques bourreaux… Ce serait tout à fait illégitime ! Gandhi disait « entre la lâcheté et la guerre, je choisis la guerre… ».
Le monde a le nez sur l’obstacle et vit dans un temps court avec des émotions communicantes. Pourtant, la période nécessiterait de prendre de la distance par rapport aux faits, de façon à discerner les véritables reliefs des événements.
D’autres paramètres, comme celui de la démographie doivent également entrer dans le débat…
Pascale Sevault-Desnos
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