Le retour de l'ambition politique
Passer de la démocratie à la responsabilité
Dans le cadre des Rencontres : conférence avec Jacques Attali, Président de PlaNet Finance et de A&A.
Nous vivons actuellement des débats de plus en plus vifs autour de la précarité, des marchés, des libertés, des démocraties. Jacques Attali nous montre ici avec talent ce qui les unit, les relie, les prolonge, nous amenant à mieux les comprendre, à mieux nous comprendre, et à distinguer des signaux émergents, petits îlots qui deviendront peut-être demain … les nouvelles utopies.
Utopie
L’utopie est suspecte car son exigence appelle la perfection. La société parfaite a toujours échouée. Pour autant, l’histoire humaine n’a fonctionné que par la recherche d’un monde meilleur. Nous vivons dans un formidable mouvement de recherche car, conjointement, nous avons la capacité radicale de nous détruire et celle d’inventer autre chose.
La rareté, un outil fédérateur
La nature humaine est confrontée à un seul problème qui peut permettre de rassembler tous les autres : celui de la rareté. Nous sommes la seule espèce animale à ne pas nous soumettre à la rareté.
Ces utopies qui nous gouvernent
L’utopie de la liberté individuelle a été choisie comme utopie majeure, à défendre envers et contre tout. La liberté devient plus importante que l’immortalité ou l’égalité. Dans ce contexte, l’individu apprend à gérer la rareté dans la liberté, et il lui appartient, in fine, de créer ses conditions de liberté.
Marché et démocratie pour gérer la rareté dans la liberté
Le monde se trouve alors, dans une recherche d’organisation idéale, susceptible de porter la liberté comme valeur dominante et de la rendre compatible avec la rareté. Deux réponses ont été trouvées simultanément: le Marché pour les biens individuels et la Démocratie pour les biens collectifs. Le Marché est une organisation de liberté géniale car il n’impose pas de totalitarisme du sommet. La répartition des ressources se régule par les acteurs. De même, la Démocratie, sous ses multiples formes, propose une organisation compatible avec la liberté et la gestion des biens collectifs. Ces deux réponses, les meilleures proposées à ce jour, demeurent des formes relativement illusoires d’expression de la liberté, car sous contrainte de rareté.
Génie et contradictions du Marché de la Démocratie
Or les mécanismes du Marché et de la Démocratie sont contradictoires : le premier n’admet pas de limite géographique, sectorielle ou de compétences, et le second est, par nature, limitée par des frontières. Le Marché peut donc dominer et détruire la Démocratie et sa fonction régulatrice associée. Nous risquons donc de n’avoir plus qu’un seul système efficace de gestion des ressources. Il y a donc fort à parier que le mécanisme entre Marché et Démocratie bloque, en sa forme actuelle.
Vous avez dit précaire ?
Nos sociétés, fondées sur la liberté, sont des machines à fabriquer de la précarité. Notre liberté peut nous conduire à changer d’avis, à remettre en cause les contrats et à n’être loyal à l’égard de personne. Or, une société ou chacun n’est loyal qu’à l’égard de lui-même est un retour à la jungle.
Un drôle de match !
La société vers laquelle nous allons n’est ni pire, ni meilleure. Probablement les deux à la fois ! Et le chaos crée du neuf. Rappelons-nous qu’à la fin du 1er millénaire, quelques fous d’un genre nouveau, les marchands, basés dans les villes secondaires de Gène, Bruges ou Anvers, faisaient exploser les systèmes féodaux en construisant les fondements du capitalisme.
Des îlots en émergence
Aujourd’hui, on voit émerger d’autres fous qui dessinent progressivement d’autres horizons, qui intègrent l’interdépendance comme valeur forte : l’intérêt particulier est lié à la réussite de l’autre. Le débat entre univers personnel ou altruiste prend de plus en plus de sens. Des structures d’un genre nouveau, les ONG, commencent à représenter un poids significatifs, 10% du PNB mondial. Aujourd’hui, 10000 entreprises de micro crédits servent 100 millions de personnes. Pour les ONG, le profit est vécu comme une contrainte et non une finalité. Et les valeurs continuent leur marche…
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Marie Desnos